Avant-hier s'est tenue une assemblée générale des profs, qui est une des réunions auxquelles tout bon prof se doit d'assister.
En effet, la vie d'un prof est très variée:
- en journée, celui-ci est dans les salles de classe à tenter de faire cours et faire apprécier sa matière - oui, même les maths - à des individus qui manifestement ne doivent leur présence qu'à la lumière et au chauffage de la salle;
- une fois la journée finie au collège, chez lui, le prof prépare les cours qu'il tentera de mener à bien le lendemain devant des élèves qui manifestement ont bien apprécié le confort de la salle, et qui d'ailleurs serait encore mieux sans cette personne qui parle tout le temps à proximité du tableau et qui les empêche de dormir ou de bien se faire entendre de leur voisin qui se trouve à l'autre bout de la salle;
- et entre ces deux moments se trouve le créneau horaire idéal pour les réunions diverses et multiples: citons parmi celles-ci les conseils de profs, les réunions du conseil pédagogique, les conseils d'administration (CA), les conseils de classe, les réunions parents-profs, les réunions de la commission permanente ...

Avant-hier se trouvait donc être le jour choisi pour une réunion de l'ensemble des profs pour faire un premier point sur le fonctionnement actuel de l'établissement, un mois après la rentrée.
La joie de nous réunir de 17h à 19h n'était pas encore retombée, que notre véritable nature se montra à nous : nous n'étions que des tortionnaires pour ces chères têtes blondes qui nous cotoint quotidiennement.
Ce constat accablant nous vint des différentes informations que la chef d'établissement venait de nous asséner et qu'elle avait pu faire remonter de ses différentes sources: parents d'élèves, élèves, marché de la ville, bar/pmu du coin ...

On nous reproche en effet des décisions et des actes de la plus extrême gravité et qui sont à deux doigts de relever de la violence mentale voir psychologique - nous nous attendons d'ailleurs sans le dire à recevoir d'un moment à l'autre une assignation à comparaître au tribunal pénal international ou de la cour européenne des droits de l'homme à ce sujet.
Voici donc, exposés sans concession ni retenue - tant pis pour les conséquences, j'assume -, les faits qui nous sont reprochés:

  • les élèves doivent se ranger correctement dans la cour en face de leur numéro de salle: et l'on bride par la même occasion en cela leur imagination et leur créativité pour ce qui du remplissage de l'espace intérieur de la cour par une masse informe d'élèves bruyants et remuants;
  • il leur est interdit de s'embrasser (et plus si affinité) dans la cour: ils n'ont déjà pas le droit de fumer alors si maintenant on les empeche de faire des concours d'apnée à deux, que vont-ils bien pouvoir faire ?
  • il leur est également désormais interdit de courir dans les couloirs. Il y aurait pourtant une autre solution: mettre les salles dans la cour et faire la récréation dans les batiments. En effet on n'a encore jamais vu un élève courir en direction d'une salle de cours, l'inverse par contre ...
  • enfin, après une fine analyse, il s'est avéré que la purée servie lundi midi à la cantine avait des grumeaux! Personnellement j'ai mangé cette même purée et je n'ai pas eu la chance de tomber sur un de ces grumeaux - auquel cas je l'aurai sans doute écrasé, non sans l'avoir tout d'abord sévérement réprimandé en représailles de sa présence. Selon une autre source à n'en pas douter bien informée, elle aurait également eu, entre autres qualités, d'être 'tout juste comestible', ce qui au passage pourrait être une explication à l'état des élèves en ce lundi après-midi - reste plus qu'à trouver une autre excuse pour tous les jours suivants et précédents...

Heureusement, tout cela sera discuté au cours du prochain CA qui est, comme chacun le sait, le lieu privilégié pour que les parents nous expliquent comment faire notre métier et comment tenter d'éduquer un minimum leur progéniture - on ne sait jamais, des fois que l'on réussisse là où eux ont échoué jusqu'ici...

Il faut en effet savoir que cette rentrée a coïncidé avec le changement de chef d'établissement, et le fait que les parents n'aient pas pu décider librement de la composition des différentes classes et particulièrement de celle de leur rejeton - c'est vrai quoi, de quoi elle se mèle cette chef d'établissement, on lui a rien demandé - ou qu'ils ne puissent plus considérer le collège comme un hall de gare ou des toilettes publiques - ah bon? on n'a pas le droit d'entrer dans le collège, d'utiliser les toilettes qui sont vers l'administration et de ressortir ? - a très certainement été mal vu par quelques-uns d'entre eux.
Mais en attendant un jugement prochain, les faits sont là: alors que les parents pensaient leurs enfants sous la responsabilité d'adultes en qui on peut avoir confiance -si, si -, certains se rendent finalement compte qu'ils les envoient dans une prison psychologique des temps modernes (où ils sont d'ailleurs plus d'une vingtaine par cellule)

Alors, oui, devant tout cela, la seule chose qui vient à l'esprit, c'est effectivement "pauvres collégiens", mais de qui faut-il les plaindre, du collège ou des parents, la réponse n'est peut-être pas celle à laquelle on pense...