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vendredi 20 octobre 2006

Vous êtes le maillon faible ...


Certains élèves ont ce don extraordinaire de commencer la semaine en beauté - et même lorsqu'il ne se passe rien en début, on sait que de toute façon ils ne pourront pas la terminer sans avoir été l'objet de l'attention toute particulière de plusieurs profs et/ou de la chef...
Je parlerai donc ici des derniers exploits en date de E et C. (si vous ne voyez pas de qui je veux parler, il fallait réviser votre précédente leçon avant de venir, ce qui n'a manifestement pas été fait, donc je veux les carnets de liaisons sur le bureau - je plaisante pas, de toute façon j'ai les noms...)

Une fois n'est pas coutume, commençons par nous intéresser au garçon, à savoir E - puisque de toute façon c'est aussi lui qui a fait le premier l'objet des discussions du repas de midi à la cantine du côté des profs.
Revenons donc quelques instants plus tôt sur cette matinée de lundi où tout a basculé: il est 11h15, dernière heure de la matinée, et je m'apprête à récupérer 'les monstres', comme on appelle entre nous la classe de 5B - en fait on appelle quasiment toutes les classes 'les monstres', mauvais exemple...

Les 5B - qui justifient à eux tout seul la tasse de café que j'ingurgite avant de les affronter - revenaient donc de sport et m'attendaient sagement - faut pas rigoler on parle des 5B là quand même - m'attendaient à leur manière devant la porte de la salle, 'à leur manière' étant un euphémisme pratique à l'usage puisque remplaçant avantageusement 'en un espèce de troupeau informe se répandant dans toute la largeur du couloir en hurlant et en rigolant avec la même discrétion qu'un joueur de batterie qui ferait état de son art dans une chambre de 9m²'

Sauf que cette fois-là il y avait au milieu de tout ça un petit attroupement dont faisait partie le collègue documentaliste. Pas normal tout ça... Et c'est une fois arrivé sur les lieux que j'ai pu faire le constat: un gamin par terre plié en deux, en pleurs et la joue gonflée, parce qu'un certain E visiblement en colère n'avait rien trouvé de mieux à faire que de lui flanquer une droite. C'était la deuxième fois qu'il frappait un autre élève mais cette fois il faut dire qu'il avait une très bonne raison: des élèves de 4e, en passant dans le couloir, avaient bousculé les élèves de 5e et l'un d'eux s'est retrouvé à bousculer E par ricochet; ça ne lui a pas plus, donc un bon coup de poing dans la figure, logique.

Bilan des courses: E renvoyé du collège jusqu'à la fin de la semaine. A la fin de l'heure ce sont les élèves eux-mêmes qui ont tiré la conclusion qui s'imposiat d'elle-même:
"on est quand même mieux quand il n'y a pas E

Mais on serait encore mieux s'il n'y avait pas en plus C. La pauvre est allé cette semaine de découverte en découverte - et aussi finalement de déception en déception j'imagine...
Première chose qu'elle a découverte: que les profs parlent entre eux ! Ca parait effectivement incroyable, mais les profs discutent entre eux des élèves, de leur comportement, de ce qui s'est passé dans les classes. Elle l'a doublement compris quand le prof d'Histoire lui a dit:
"si mon cours ne t'intéresse pas, tu peux prendre la porte, simplement je ne la fermerai pas" (sous-entendu: 'sur tes doigts')
et lorsqu'à l'heure suivante je lui ai dit:
"- bon alors le cours d'Histoire ne t'intéresse pas, le cours de Maths non plus, il y a quelque chose qui t'intéresse ?
- qui vous a dit ça ?
- à ton avis ..."


Ca c'était le lundi, et aujourd'hui, elle a appris qu'un prof n'est pas aussi stupide qu'il en a l'air et sait se montrer plus rusé que le fils illégitime de Sherlock Holmes et Hercule Poirot réunis (en même temps on saura jamais ce que ça aurait pu faire mais ça donne une idée).
En effet, ce matin, en dernière heure - y aurait-il là une coïncidence troublante ? - alors que je venais de répondre à une question de sa camarade assise derrière elle, et que j'étais retourné écrire au tableau, j'ai surpris des mouvements étranges: des têtes qui dépassent dans l'allée, des bras pointés dans ma direction avec un sourire de satisfaction vicieux, signes qui en général ne trompent pas et indiquent que le cours ne va pas tarder à être sauvagement interrompu par un prof vindicatif.

J'avais pu observer la scène non pas parce que j'avais des yeux dans le dos - c'est une caractéristique physique des profs qui vient avec l'expérience - mais parce que j'étais en salle d'arts plastiques et que la particularité de cette salle est d'avoir, de part et d'autre du tableau, des miroirs, renvoyant donc l'image renversée des élèves, comme eux le sont dans leur tête d'ailleurs...

Le cour a donc été interrompu par moi-même, comme explicité sus-ditement, dans le but de tirer au clair cette histoire. Premier élément de réponse: les élèves me désignèrent des taches d'encre au sol; ils ne me pointaient donc plus moi, mais le sol, bizarre... Et c'est là qu'un autre élève m'a confirmé qu'il y avais des taches d'encre non seulement par terre, mais aussi et surtout sur le bas de mon pantalon, sur le milieu de mon pantalon, sur le haut de mon pantalon et finalement sur mon pull. Mes soupçons se sont donc portés tout d'abord sur C - et y sont finalement restés - bien qu'elle affirmait que ce n'était pas elle et qu'elle ne comprenait pas tous les autres élèves l'accusaient sans le dire réellement.

Pas de chance pour elle, j'ai vu les Experts à Miami, les Experts à Manhattan, les Experts à Las vegas, les Experts en vacances, les Experts se rebiffent, la vengeance des Experts, les Experts contre-attaquent... bref l'investigation scientifique n'ayant plus de secret pour moi, j'ai pu déduire de la disposition des gouttes d'encre - qui formaient une espèce de flèche qui pointait en direction de la table C - que c'était bien elle l'auteur, ce qu'elle ne m'avoua toutefois pas. (elle me demande quand même à la fin de l'heure si elle pouvait reprendre son carnet - que je lui avais pris parce qu'elle continuait à pousser la chaise de son voisin de table qu'elle venait de mettre par terre)

Elle a finalement été convoquée chez la chef où elle a fini par avouer que c'était bien elle qui avait jeté de l'encre sur moi, et j'avais appris avant qu'elle avait soigneusement monté son coup en demandant à sa voisine de derrière elle de m'appeler exprès pour que je m'approche d'elle et avait brieffer les autres élèves pour qu'ils ne me disent rien. Elle n'a pas dû être assez convaincante sur ce point puisque plusieurs sont tout venu me dire à la fin du cours. Elle avait décidé de faire ça à tous les profs qu'elle n'aimait pas, et j'étais logiquement le premier sur la liste.
Bilan pour elle: exclusion lundi prochain, et peut-être que cette fois elle va comprendre - puisque les doigts coincés dans la porte ça ne marche pas...


Mais je ne perds pas espoir de vivre un jour une heure normale avec ces 5B: E et C finiront bien un jour par être absents le même jour ...

jeudi 12 octobre 2006

Le coupable est ...


le colonel moutarde avec le chandelier dans la bibliothèque... euh non, je me suis trompé...

Il y a quelques jours s'est tenu la première commission permanente de l'année - qui se trouve aussi être la dernière avec les anciens membres de celle-ci, la nouvelle composition allant bientôt être désignée.
Je n'ai pas eu la chance d'y assister, mais j'en ai malgré tout eu quelques échos qui sont toujours dans la droite ligne de ce qu'on peut attendre de nos chers géniteurs d'apprenants qui font tout ce charme si particulier à ce petit collège qui sans ça aurait pû être un petit collège rural tranquille. Eh oui, cette commission permanente siègent des parents d'élèves et peuvent ainsi nous faire part des dernières trouvailles des méandres obscurs de leurs organes pensants intra-cranien - j'imagine que c'est comme cela qu'on doit appeler un 'cerveau' dans le langage qui veut qu'un stylo soit 'un outil scripteur'...

Et en effet, si les débats ne furent pas si intenses qu'escomptés - peut-être parce qu'un seul parent d'élève, mais pas des moindres, était présent - ils en valaient tout de même le coup de capteur visuel; d'oeil, pardon.

Après avoir présenté les différents indicateurs du niveau global de l'établissement qui sont en vrac, et en en oubliant: réussite au DNB (Diplome National du Brevet - ca s'appelle comme ça maintenant), orientation en 2nde, taux de redoublement, résultats des évaluations en 6e... tous ces indicateurs tirant magnifiquement vers le rouge flamboyant, comme s'il était encore besoin de se persuader de la nullité des élèves, les causes furent rapidement cherchées à défaut d'en avoir des solutions.

Milieu social des familles, situation familiale et/ou financière difficiles pour certains parents, isolement - on est à la campagne quand même - auraient pu constituer des débuts d'explications.

Mais c'était sans compter sur le génial esprit d'analyse de cette mère d'élève pour qui la solution ne faisait plus aucun doute:
Le coupable, ou plutôt les coupables, sont : les enseignants du primaire.
Ce sont eux qui dégradent ces pauvres enfants qui avaient pourtant tous devant eux une brillante carrière d'ingénieur. Et inutile de continuer à parler de milieu social, de moyens financiers ou de situation familiale, ça n'a absolument rien à voir on vous dit! Il est évident qu'un enfant unique dans une famille de cadres dans une ville a autant de chances qu'un enfant avec deux ou trois frères et soeurs, vivant dans un coin perdu de la campagne, avec un seul de ses parents pour s'occuper d'eux. C'est un fait établi, pas de discussions possible, voyons...

Et lorsque ces mêmes enfants sont nuls en primaire, ça doit être la faute aux enseignants de maternelle; et lorsque les enfants sont nul en maternelle, ah bah non, c'est impossible, puisqu'avant ce sont les parents qui sont sensés s'en occuper et lorsqu'ils les laissent à l'institution scolaire, ce sont bien évidemment tous des génies en devenir...

La mère crut toutefois bon d'ajouter qu'elle ne parlait evidemment que de ce qu'elle connaissait, et donc ne parlait que du collège.
Remarquez, si elle n'avait du parler que de ce qu'elle connaissait, elle n'aurait sans doute rien dit et on serait passé à côté de ça, ça aurait été dommage...

La commission s'est ensuite terminée par son départ, où, suivant son raisonnement, elle ne dit pas un mot - elle ne devait sans doute pas connaître les formules de politesses telles que 'bonsoir' ou 'bonne soirée' et n'avait donc rien dit, et a finalement dû comprendre que les conditions n'étaient plus les mêmes que les années passées lorsque la chef lui envoya un 'bonne soirée' lourd de sens alors qu'elle était en train de franchir la porte.


De tous ceux qui n'ont rien à dire, les plus agréables sont ceux qui se taisent.
(Pierre Desproges)

lundi 9 octobre 2006

Théorème n°2: 1+1 = 2


Evident me direz-vous...
Mais nous allons aujourd'hui montrer une version particulière de ce théorème.

Que se passe-t-il en effet lorsque l'on met ensemble 1 élève avec des problèmes psychologiques et familiaux lourds et 1 élève avec un handicap physique qu'elle n'accepte pas et une situation familiale pas évidente ?
Réponse: 1 + 1 = 2 doigts coincés dans une porte.

Attaquons nous maintenant à la démonstration de ce fait.
Remontons quelques heures en arrière, il est 15h45, et je vais récupérer 27 apprenants en début de cycle central - des élèves de 5e quoi - pour leur dernière heure de la journée. Je sais déjà plus ou moins à quoi m'attendre puisque leur prof principal qui se trouve être leur prof d'anglais était arrivée en salle des profs en soufflant et en lachant un
"et ben les 5B ils sont chauds"
ce qui remplace avantageusement
"les 5B heureusement que je les ai eu qu'une heure sinon j'aurai bien réussi à en dézinguer quelques uns ou à les incruster dans le mur. Toi qui les récupère maintenant en dernière heure tu vas certainement passer l'une des meilleures heures de ta carrière..."
Et sur ce point là, cette heure fut effectivement une des plus intenses que j'ai eu l'occasion de vivre...

Je récupère donc dans la cours 27 élèves rangés approximativement et dont une est en larmes parce qu'on l'avait poussé contre un casier, ca commence bien...
Passons sur le début du cours où ils sont bruyants et mettent un temps fou pour sortir leurs affaire pour arriver au moment où en ayant marre du bruit, je les menace d'exercices supplémentaires notés - c'est-à-dire juste après qu'ils aient sorti leurs affaires.
Les deux élèves en question, appelons-les C et E, s'étant déjà fait remarquer à plusieurs occasions depuis le début du cours et à de nombreuses reprises les cours précédents, je finis par déplacer E là où il ne pourra plus amuser les autres ni discuter.

J'attrape donc sa table avec ses affaires dessus et la colle contre le mur juste à côté du tableau et invite amicalement E à rejoindre sa table. Et c'est alors que je réalise: juste derrière la table se trouve... le piano (électrique et débranché, heureusement) puisque je suis dans la salle de musique. Le mal était déjà fait, ce cher E était déjà en train de chantonner en pianotant de bon coeur sur les touches du piano.
Heureusement, étant juste à côté de moi, quelques coups de pieds dans sa table suffisaient parfois à le faire arrêter ses âneries - parfois....

Quelques minutes plus tard, c'est au tour de C d'être déplacée avec sa table au milieu de l'allée, puisque ses ricanements, ses réflexions insolentes, et le fait que je sois obligé de lui demander toutes les 5s d'arrêter de se retourner et de discuter commençaient quelque peu à m'agacer gentiment.
Malgré tout, elle continuait à se retourner pour compter (quoi? je ne le saurai sans doute jamais) et répondait toujours à mes remarques par des petits bruits ou des ricanements stupides. J'avais donc décidé, dans le but d'engager la conversation et de me faire comprendre d'elle - puisque mes tentatives précédentes avaient échoué - de lui répondre de la même façon et sur le même ton, ce qu'elle ne sembla pas apprécier.
Les élèves finirent d'ailleurs par me demander pourquoi elle se retournait tout le temps, ce à quoi j'ai répondu:
"j'en sais rien, surement qu'elle est bête puisque je lui demande depuis tout à l'heure et qu'elle comprends pas"
Là elle commença à me dévisager - j'avais réussi à la faire réagir - puis la regardant :
"à moins que tu aies une autre explication? moi je vois pas, j'essaye de comprendre, mais j'y arrive pas..."
C'était sans doute la goutte qui fit déborder le vase puisqu'elle attrapa d'une main son sac, pendant qu'elle rangeait ses affaire de l'autre et ma lança:
"Ca va? vous en avez d'autres des réflexions comme ça? Vous arrêtez pas de vous payer ma tête devant toute la classe, vous trouverez quelqu'un d'autre moi je me casse..."
et sur ce, elle se dirigea vers la porte et commença à l'ouvrir.

Il faut savoir qu'avant ça, elle avait gagné une exercice supplémentaire puis un mot sur son carnet, pendant que E, toujours entre le tableau et le piano, continuait à s'amuser, à parler à haute voix au mur, et à jouer sur le piano.

C était donc devant la porte, entrouverte, prête à sortir de la salle lorsque j'ai repoussé la porte après l'avoir rattrapé. Pas de chance, entre la porte et le montant se trouvaient justement à ce moment là deux de ses doigts.
Elle a finalement re-rejoint sa table et s'est enfin mise à faire semblant de travailler - jusque là elle n'avait pas pu puisqu'elle n'avait pas de feuille et avait arraché toutes les feuilles (?) de son cahier de brouillon - pendant que ses doigts enflaient doucement mais surement.

Dix minutes plus tard sonnait la fin de la journée - ouf! - et je prévenais C qu'il fallait de toute façon aller voir la chef pour lui signaler l'incident - ce qui ne semblait pas la réjouir spécialement, vu ce qu'elle avait fait avant - et ce à propos de quoi E lui avait conseillé:
"N'y va pas il (le 'il' c'était moi, j'étais à un mètre de lui quand il a dit ça devant toute la classe) va en profiter pour dire que ton comportement était pas bien et il va t'enfoncer"

Bref elle a vu la chef, j'ai revu la chef ensuite pour lui expliquer le problème complétement, et C s'en sors - pour l'instant - avec un mot sur son carnet, une heure de colle la semaine prochaine - tout comme E d'ailleurs -, et une convocation chez la chef demain... on verra bien s'il y a réaction de l'élève ou des parents.

Conclusion: 1 + 1 = 2, et peut-être même bientôt encore plus...

jeudi 5 octobre 2006

Pauvres collégiens ...

Avant-hier s'est tenue une assemblée générale des profs, qui est une des réunions auxquelles tout bon prof se doit d'assister.
En effet, la vie d'un prof est très variée:
- en journée, celui-ci est dans les salles de classe à tenter de faire cours et faire apprécier sa matière - oui, même les maths - à des individus qui manifestement ne doivent leur présence qu'à la lumière et au chauffage de la salle;
- une fois la journée finie au collège, chez lui, le prof prépare les cours qu'il tentera de mener à bien le lendemain devant des élèves qui manifestement ont bien apprécié le confort de la salle, et qui d'ailleurs serait encore mieux sans cette personne qui parle tout le temps à proximité du tableau et qui les empêche de dormir ou de bien se faire entendre de leur voisin qui se trouve à l'autre bout de la salle;
- et entre ces deux moments se trouve le créneau horaire idéal pour les réunions diverses et multiples: citons parmi celles-ci les conseils de profs, les réunions du conseil pédagogique, les conseils d'administration (CA), les conseils de classe, les réunions parents-profs, les réunions de la commission permanente ...

Avant-hier se trouvait donc être le jour choisi pour une réunion de l'ensemble des profs pour faire un premier point sur le fonctionnement actuel de l'établissement, un mois après la rentrée.
La joie de nous réunir de 17h à 19h n'était pas encore retombée, que notre véritable nature se montra à nous : nous n'étions que des tortionnaires pour ces chères têtes blondes qui nous cotoint quotidiennement.
Ce constat accablant nous vint des différentes informations que la chef d'établissement venait de nous asséner et qu'elle avait pu faire remonter de ses différentes sources: parents d'élèves, élèves, marché de la ville, bar/pmu du coin ...

On nous reproche en effet des décisions et des actes de la plus extrême gravité et qui sont à deux doigts de relever de la violence mentale voir psychologique - nous nous attendons d'ailleurs sans le dire à recevoir d'un moment à l'autre une assignation à comparaître au tribunal pénal international ou de la cour européenne des droits de l'homme à ce sujet.
Voici donc, exposés sans concession ni retenue - tant pis pour les conséquences, j'assume -, les faits qui nous sont reprochés:

  • les élèves doivent se ranger correctement dans la cour en face de leur numéro de salle: et l'on bride par la même occasion en cela leur imagination et leur créativité pour ce qui du remplissage de l'espace intérieur de la cour par une masse informe d'élèves bruyants et remuants;
  • il leur est interdit de s'embrasser (et plus si affinité) dans la cour: ils n'ont déjà pas le droit de fumer alors si maintenant on les empeche de faire des concours d'apnée à deux, que vont-ils bien pouvoir faire ?
  • il leur est également désormais interdit de courir dans les couloirs. Il y aurait pourtant une autre solution: mettre les salles dans la cour et faire la récréation dans les batiments. En effet on n'a encore jamais vu un élève courir en direction d'une salle de cours, l'inverse par contre ...
  • enfin, après une fine analyse, il s'est avéré que la purée servie lundi midi à la cantine avait des grumeaux! Personnellement j'ai mangé cette même purée et je n'ai pas eu la chance de tomber sur un de ces grumeaux - auquel cas je l'aurai sans doute écrasé, non sans l'avoir tout d'abord sévérement réprimandé en représailles de sa présence. Selon une autre source à n'en pas douter bien informée, elle aurait également eu, entre autres qualités, d'être 'tout juste comestible', ce qui au passage pourrait être une explication à l'état des élèves en ce lundi après-midi - reste plus qu'à trouver une autre excuse pour tous les jours suivants et précédents...

Heureusement, tout cela sera discuté au cours du prochain CA qui est, comme chacun le sait, le lieu privilégié pour que les parents nous expliquent comment faire notre métier et comment tenter d'éduquer un minimum leur progéniture - on ne sait jamais, des fois que l'on réussisse là où eux ont échoué jusqu'ici...

Il faut en effet savoir que cette rentrée a coïncidé avec le changement de chef d'établissement, et le fait que les parents n'aient pas pu décider librement de la composition des différentes classes et particulièrement de celle de leur rejeton - c'est vrai quoi, de quoi elle se mèle cette chef d'établissement, on lui a rien demandé - ou qu'ils ne puissent plus considérer le collège comme un hall de gare ou des toilettes publiques - ah bon? on n'a pas le droit d'entrer dans le collège, d'utiliser les toilettes qui sont vers l'administration et de ressortir ? - a très certainement été mal vu par quelques-uns d'entre eux.
Mais en attendant un jugement prochain, les faits sont là: alors que les parents pensaient leurs enfants sous la responsabilité d'adultes en qui on peut avoir confiance -si, si -, certains se rendent finalement compte qu'ils les envoient dans une prison psychologique des temps modernes (où ils sont d'ailleurs plus d'une vingtaine par cellule)

Alors, oui, devant tout cela, la seule chose qui vient à l'esprit, c'est effectivement "pauvres collégiens", mais de qui faut-il les plaindre, du collège ou des parents, la réponse n'est peut-être pas celle à laquelle on pense...

mardi 3 octobre 2006

Théorème n°1: Un prof est un fainéant

Avant de développer un peu plus en détails ce théorème que nous ne démontrerons pas - qui a dit que ce n'était pas la peine tellement c'est évident ? - répondons d'abord à la question qui nous intéresse tous (mais si, voyons) : pourquoi ce blog ?

Entamant ma troisième rentrée de prof - la matière n'est pas importante - et plus particulièrement la première en tant que TZR (un remplaçant pour faire rapide, mais on aura surement l'occasion de revenir là-dessus plus tard...) j'ai déjà, au bout de seulement un mois, vu et vécu des choses auxquelles je n'aurai pas cru si je ne les avait pas vu de mes yeux...

L'idée d'en faire un blog qui me turlupinait jusque là gentiment s'est alors mise à germer pour donner finalement, en ce magnifique jour de début octobre ce non moins magnifique blog entièrement dédié à ce métier merveilleux dont on a coutume de dire qu'il est le plus beau du monde (il faut que je me calme, je m'emballe) et que l'on résume briévement et sauvagement par "prof" (à prononcer tel un raclement de gorge libérateur tout en prenant un air blasé, voir dédaigneux, et n'insistez pas pour savoir, la matière n'est pas importante, je vous l'ai déjà dis).

On verra bien à la longue ce que donnera ce blog, si je trouve du contenu relativement intéressant pour l'alimenter et surtout le courage de le faire. Il restera (ou pas) comme la mémoire de cette année que j'aurai passé dans un petit collège qu'on pourrait qualifier "de campagne" de par sa localisation approximativement quelque part au bord de la Bourgogne, à l'Ouest, caractéristique qui se trouve être partagée par de nombreux apprenants - ou élèves en français courant - peuplant cet établissement, mais là encore on aura surement l'occasion d'y revenir plus tard.

Je me trouve donc être un des deux professeurs de mathématiques (voilà je l'ai dit, vous pouvez y aller avec les bwerk, les maths j'aimais pas, j'ai jamais rien compris ...etc ) et en cette qualité - si, si, c'est une qualité - je me retrouve catapulté prof de cinq des neuf classes que compte le collège: les deux cinquièmes, deux quatrièmes sur trois et une des deux troisièmes, pour un total de 120 élèves tout rond - pas les élèves, le total.

Ceci étant dit, passons aux choses sérieuses: l'explicitation du théorème que nous avons énoncé plus haut.
Ce théorème, que beaucoup considèrent comme une évidence, s'est révélé à moi aujourd'hui plus vrai que jamais après avoir entendu une lettre écrite par une génitrice d'apprenant - que l'on appelle aussi mère d'élève - à une collègue stagiaire en français (tiens, là, personne n'a fait de remarques désobligeantes sur la matière...).

La collègue avait en effet eu le malheur de punir sa collégienne de fille - à n'en pas douter sans raison, un prof ça punit toujours un élève innocent - en lui demandant d'écrire à plusieurs temps et à toutes les personnes une simple phrase. Devant cet affront sans nom fait à sa fille, la mère se devait de réagir et s'est donc fendue d'une lettre du plus bel effet, fautes d'ortograf comprises, expliquant qu'il était hors de question que sa fille fasse sa punition, et qu'elle voudrait bien voir les profs s'"amuser" à faire les devoirs qu'ils donnent aux élèves chaque soir.

La "vérité" est alors apparue à tous ceux qui étaient présent en salle des profs à ce moment: les élèves travaillent beaucoup trop puisque les profs eux-mêmes ne s'en sortiraient pas s'ils devaient en faire autant, et donc, conclusion logique et imparable, les profs ne sont finalement que des fainéants. Et donc les préparations de cours, les préparations de devoirs, les corrections de contrôles, faire le Gentil Animateur de classe pendant la journée ne sont que de puérils amusements auxquels se livrent ces tortionnaires d'apprenants.

Restons sérieux - on l'a toujours été jusque là, il n'y a pas de raison de ne pas continuer - il est évidemment hors de question que l'élève en question échappe à sa punition et cela promet donc de nouveaux rebondissements (d'autant plus lorsque l'on sait que cette mère siégera au conseil d'administration - mais là encore c'est une autre histoire).

Pour terminer, je citerai simplement le bref dialogue entretenu il y a quelques temps entre le collègue de Sciences Physiques (là non plus pas de réactions de dégoût, c'est vêxant...) et une personne l'accostant, reconnaissant en lui un prof:

"- vous êtes un c** !
- mais monsieur, c'est mon métier"