Avant toute chose, et parce que je vous vois bien arriver, non, il ne sera pas question une nouvelle fois ici des élèves. Non. "Ils", mais j'aurais pu dire "nous" sommes mauvais, nous, professeurs de maths de mon lycée. Inutile de nous voiler la face plus longtemps, les preuves sont là, irréfutables et accablantes …

La première, et pas des moindres, fut assénée à l'une de mes collègues, par la proviseur adjointe en personne: les moyennes de maths sont très mauvaises, il y a donc un problème en maths. Et oui, le moyennes de classe sont toutes aussi basses les unes quel les autres, quelque soit le prof de maths considéré. Heureusement, la situation a été soufflée par la même proviseur adjointe, "et si vous leur faisiez des petits contrôles plus simples pour remonter les notes ?".
Donc c'est clair: les devoirs que l'on donne sont trop durs, trop longs (toujours, évidemment), et les pauvres petits apprenants se trompent.

Heureusement, du soutien va être mis en place pour ceux qui seront volontaires, il y a des heures pour ça - par contre quand j'en ai demandé pour en faire aux terminales S qui en réclamaient, on m'a répondu, en abrégé mais pas tant que ça, "faites-en si vous voulez, mais pour les payer, on verra quand on aura fait le compte des heures-supp" qu'on pourrait aussi remplacer par "vas-y, on te regarde!"

Bref, nous allons donc avoir l'immense bonheur de participer à une réunion axée sur les 2nde, dans le but de les aider à devenir les futurs génies de demain. Et puisqu'on nous a demandé de réfléchir dès à présent à des solutions possibles, en voici quelques unes qui me sont venues, mais qui ne soulèveront malheureusement pas l'enthousiasme auprès des élèves.

Ils pourraient par exemple (soyons fous!) apprendre les leçons et faire les exercices. Mais bon, c'est un peu extrême, on pourrait avoir les parents sur le dos…

Comme par exemple ce qui est arrivé ce matin à une autre collègue (de maths toujours) que la mère d'un terminale est venu voir parce que son fils lui avait dit que la collègue ne l'aimait pas et lui mettait de mauvaises notes exprès, et qu'à cause de ça son fils était au bord du suicide. Apparemment en classe, il serait plutôt du genre suicidaire décontracté-relax-pas-inquiet mais bon …
Ou encore cet autre élève de 2nde, Maxime, qui s'est décidé au bout de 40 minutes (véridique) et après un tableau rempli de leçon, à commencer à la recopier. Malheureusement, ma remarque sur sa vivacité à noter la leçon ne lui a pas plus et en plus, comble de l'acharnement, j'ai effacé le tableau juste au moment où il se mettait à recopier. Aujourd'hui, soit 5 jours plus tard, le mot sur son carnet était signé mais la leçon toujours pas recopiée, et en plus il avait l'air étonné que je lui demande…
Citons également Tomas, qui, 5 jours après la leçon sur les intervalles où ils ont vu la notation de l'infini ∞ me demande de refaire un "exemple avec le 8", ou encore Kévin, qui n'a pas compris comment on trouvait l'union ou l'intersection de deux intervalles, mais n'est même pas capable de donner la définition des termes…
Rajoutons à cela ceux qui justifient leurs absences par 'pont' ou 'grève' - qui ne se cachent donc même plus d'être des fumistes complets - ou qui reviennent en cours sans avoir justifié quoi que ce soit de leurs absences et qui regardent avec des yeux ronds quand on leur demande de le faire au plus vite.
Et à côté de tout cela, on retrouve Manon (oui, la Manon de 3A de l'an dernier) qui m'informe, le plus naturellement du monde, qu'étant donné que les maths ne l'intéressent pas, se met au fond de la classe pour pouvoir discuter sans me déranger, et ne comprend donc pas que je la reprenne à chaque fois. Ou encore Kévin (le même) qui ne comprenait pas que je lui mette une punition parce qu'il parlait tout le temps ("c'est normal, moi quand il ne se passe rien, je parle un peu pour passer le temps", le 'quand il ne se passe rien' étant le moment où je me tais pour attendre le silence …)
Et enfin, Marine - 2nde toujours - qui tout simplement, alors que je lui demandais là encore de me réciter une définition du cours - l'interrompant par là même dans son intense contemplation de la fenêtre - me dit ne rien comprendre à mes cours (que l'on soit bien clair, ce ne sont pas les maths qui sont en cause, mais bien mes cours, moi) et qu'il est donc normal qu'elle s'occupe à autre chose et me réponde n'importe quoi et surtout n'importe comment quand je l'interromps dans son inactivité mathématique.

Là c'est vraiment clair, il y a bien un problème avec les (profs de) maths …