vendredi 29 février 2008
Une matinée dans la vie d'un prof ...
Quelqu'un m'a dit récemment: "j'ai vraiment du mal a comprendre comment un collège comme le tien peut exister. On dirait une série télévisée..".
C'est vrai, mais pourtant tout ce que je raconte ici est authentique, de la même vérité qui a fait que deux des profs ont failli lâcher l'affaire en fin de premier trimestre, et la même qui fait que la chef n'attend qu'une chose, sa mutation pour un autre établissement.
Bref, je vais donc vous narrer l'épisode 103 (à peu près) de la saison 2: "Mercredi 27 février", de la vie dans notre collège - je précise 'notre' car nous aimons imaginer en salle des profs que c'est mieux ailleurs.
Attention, générique!
Avec par ordre d'apparition sur l'écran
Moi - prof de maths
les élèves de 5A - les élèves de la classe de 5A
les élèves de 4B - les élèves de la classe de 4B
les profs - les profs dans la salle des profs à la récré
les élèves de 3A - les 3A
Donovan - l'absent des 3A
les élèves de 4A - les élèves de 4A
Nicolas - retardataire
Baptiste - retardataire et peintre sur mur
Gaelle et Geoffrey - les affolés de service.
La journée avait donc commencé sous les meilleurs augures par la sonnerie de mon réveil qui retentit à 7h55 pour un début des cours à 8h15. Bien.
À peine le temps de sauter sur un petit pain, hors du lit, dans la voiture, sur mon cartable, dans mes vêtements* et me voila arrivé juste à l'heure au collège, à temps pour aller chercher les 5A qui m'attendaient rangés, me félicitant par la même occasion d'avoir photocopié les contrôles pour les 4e la veille, et n'ayant donc pas à le faire le matin-même.
(*À toi de jouer, ami lecteur: remet ces évènements dans leur ordre chronologique.)
J'en profite pour croiser mon collègue de techno qui allait lui aussi chercher ses élèves.
Je ne sais pas comment il a fait, mais il a d'ailleurs tout de suite deviné que j'étais levé depuis peu (d'un autre côté, quelques semaines plus tôt, les rôles étaient inversés, il doit y avoir un truc avec les réveils le mercredi matin ...)
Je récupère donc mon tas de 5A, et la séance s'est ensuite déroulée normalement, ou plutôt, comme d'habitude. Je fais avec les 5e un travail en groupes en ce moment, leur faisant refaire une maquette de chateau-fort. Sur les 6 groupes, on retrouve donc d'un côté le groupe des garçons qui veulent faire les malins, passent leur temps à discuter, font quelques patrons mais les jettent ensuite sans les voir avec leurs restes de papier, après les avoir soigneusement découpés et roulés en boule. Et à côté de ça, un groupe de filles qui a déjà quasiment fini, qui s'applique et qui se cache quand je passe à côté parce que leur cylindre est un peu de travers (et qu'il ridiculiserait le plus beau cylindre de bien d'autres).
Viennent ensuite les 4B, en contrôle, et donc rien à signaler.
Enfin la récré, je peux enfin aller boire un petit café bien chaud en salle des profs, juste avant de reprendre avec les 3A.
Là encore, rien à signaler, Donovan n'étant pas là et Tristan se comportant enfin en élève 'normal'.
Puis c'est les 4A. Et c'est là que l'expression 'last but not least' (le dernier mais pas le moindre) prend tout son sens.
Les élèves rentrent donc dans la salle, s'installent, préparent leur feuille pour le contrôle et c'est alors que Baptiste et Nicolas font leur entrée. Attention à ne pas confondre: il y a deux Baptiste chez les 4A: les deux peuvent être pénibles, mais Baptiste travaille et comprend malgré tout mieux que Baptiste, il est 'moins pire'... Voilà, c'était juste pour que vous ne confondiez pas les deux. Le Baptiste dont il est question ici est Baptiste, et pas Baptiste.
Je leur demande donc d'où ils viennent et cet
"Ben j'étais aux toilettes, il fallait que j'y aille, j'avais une envie pressante!"
Et l'autre empaffé l'accompagnait évidemment, peut-être par peur de se perdre ou pour lui tenir, je n'en sais rien et je veux pas savoir. Ils reviennent donc quelques minutes plus tard, après avoir fait remplir leur mot de retard, et s'installent. Mais Baptiste n'avait pas rempli son quota d'âneries. Voyant tous les autres élèves écrire, et rien au tableau, nous eûmes donc cette rafraîchissante conversation:
"- Monsieur, il se passe quoi, là ?
- Ben le contrôle...
- ah ya contrôle ?
- oui, celui qui est prévu depuis avant les vacances
- (prenant la feuille) ouh la! ya trop de chiffres pour moi!"
Il a alors reposé la feuille et a commencé à s'amuser avec son stylo.
Ce qui devait arriver arriva, cette andouille l'a cassé et a mis de l'encre partout: tables, pochette, mur, sol, et vêtements.
"- Monsieur j'ai cassé mon stylo, je peux aller me laver les mains ?
- Non.
- Pourquoi ?
- Non.
- mais je vais m'en mettre partout !
- tu n'as qu'à faire attention où tu mets les bras.
- en plus je m'en suis mis dessus!
- et ben tu vois, le mal est déjà fait...
- Je peux aller me laver les mains ??
- Non."
Après l'avoir laissé mariner quelques minutes, je l'ai envoyé se laver les mains et chercher de quoi nettoyer, et il a passé le reste de l'heure à détacher le mur, le sol, les tables ... de l'encre qu'il avait envoyé partout.
Tout cela sans compter l'irruption de Gaëlle et Geoffrey dans la salle à 11h50:
" (trois grands coups dans la porte et il l'ouvre) ON VIENT CHERCHER LES ÉLÈVES POUR L'A.S. !
- Dehors! et donne-moi ton carnet par la même occasion..."
(Certains élèves avaient en effet le droit de quitter les cours plus tôt pour aller manger puisqu'ils avaient un championnat UNSS l'après-midi et devaient prendre le car assez tôt)
12h10: sonnerie et fin de la journée.
Pour l'anecdote, pas plus tard qu'aujourd'hui, deux élèves sont encore arrivées en retard entre deux cours, raison: aux toilettes ... et je ne pense même pas qu'elles l'aient fait exprès ...





