S'il est une chose que je me dois de reconnaître aux élèves, c'est leur esprit de persévérance. Attention ne nous méprenons pas, pas la persévérance dans le travail, non, mais la persévérance dans la contradiction. Et quand en plus ça n'est pas qu'un seul ou quelques élèves mais une classe entière qui s'y met, ça ne peut que forcer le respect devant tant de courage et de détermination à passer pour des ânes.

Illustrons nos propos.
Pour cela remontons quelques jours en arrière - deux semaines précisemment - au jeudi de la semaine de la rentrée, pour retrouver la classe de 4A - je ne crois pas avoir déjà parlé de cette classe ni de ses deux 'cas', l'un se calmant, l'autre étant d'un fort beau gabari, mais cela ne saurait tarder bien longtemps.
Nous sommes donc jeudi matin, première heure de la journée, et j'essaye tant bien que mal d'intéresser mes 19 apprenants avides de savoir - savoir l'heure qu'il est, savoir combien de temps il reste, savoir ce que pense ses voisins de table de ses occupations de la veille ... - lorsque je commet l'impensable: j'ose interroger la classe, en espérant qu'au moins l'un d'entre eux me répondra, sur l'énoncé d'un théorème vu précédemment dans le cours.

Un ange passe, comme on dit.

Au moment où il allait repasser, j'ai interrompu ce silence - dont j'aurai bien aimé pouvoir profiter encore quelques secondes, c'est tellement rare - par ce qui n'est pas la phrase préférée des profs, malgré ce que croient les élèves:
"sortez une feuille, une moitité suffira, interrogation écrite flash-éclair et écrivez moi les énoncés des deux théorèmes du cours"
Arrivés à ce point du récit, il est important de préciser le contenu de la leçon: un premier théorème de deux lignes, un exemple de trois lignes et
demi, un deuxième théorème de deux lignes et un deuxième exemple de quatre lignes. Ona déjà vu plus chargé... Ils avaient donc en tout et pour tout, en sautant une ligne entre les théorèmes et en écrivant gros, six lignes à écrire en 3 minutes, soit approximativement cinq fois plus de temps que nécessaires, pour peu qu'on ait appris sa leçon.

En ramassant leurs feuilles, j'ai déjà pu me faire une première idée de l'étendue des dégâts, et je leur ai donc passé une première couche de savon enrichi aux réprimandes et autres menaces de représailles notées.
La correction ne fit que confirmer mon impression: note sur cinq, 2,5 pts par théorème correctement cité: 2 élèves à 2,5/5 et le reste à 0.

Je les retrouve donc le lendemain, leur passe une deuxième couche d'entrée et histoire de parfaire le tout, leur remet un contrôle qui consiste à résoudre deux petits exercices qui sont à peu de choses près les deux exemples du cours.
Là où un élève normalement constitué et en pleine possession de ses moyens - même si pour certains ça ne leur laisse pas grand chose en main - se serait dit: "le prof nous a coincé aujourd'hui donc je vais apprendre la leçon pour demain comme ça cette fois pas de problème..." eux ont dû se dire "Il nous a fait un contrôle aujourd'hui donc yen aura pas demain, pas la peine d'apprendre". En effet après correction des-dits contrôles, la moyenne s'établit à un magnifique 1,5/10 - le coup de grâce ayant été porté par un des élèves qui, juste après avoir rendu sa feuille, se vanta le sourire aux lèvres de ne pas avoir appris sa leçon...
Troisième couche...

Heureusement le week-end est là...

Je les retrouve donc le lundi matin, et ayant décidé de pousser le bouchon un peu plus loin, leur redonne exactement le même contrôle qu'ils avaient eu le vendredi. J'ai dû attendre trois bonnes minutes avant qu'un des élèves ne me fasse remarquer qu'il avait déjà fait ce contrôle.
Quatrième couche à la fin du contrôle, et bilan: 2,8/10 de moyenne.
C'est sûr, ils ont fait mieux que la première fois, enfin si on peut encore appeler ça 'mieux'...

Pour la cinquième et dernière couche, il aura simplement fallu attendre le lendemain, et la réunion parents/profs de 4e, qu'aucun élève de 4A n'a dû oublier, tout comme je n'oublierai pas leurs visages se décomposant petit à petit quand je parlai de ces petites mésaventures à leurs parents et que je leur montrai leur contrôle de la veille dont ils ne connaissaient pas encore les résultats. Sadique, moi ? Nooooon.

Il semblerait que cette petite semaine de bataille ait finalement porté ses fruits puisqu'au dernier devoir d'une heure, j'ai enfin pu mettre des notes supérieures à 13/20 et la moyenne de la classe pour un devoir a enfin dépassé 10/20.

Pourvu que ça dure ...