retour au blog

mercredi 22 novembre 2006

Psychologique des apprenants: I. Cause toujours


S'il est une chose que je me dois de reconnaître aux élèves, c'est leur esprit de persévérance. Attention ne nous méprenons pas, pas la persévérance dans le travail, non, mais la persévérance dans la contradiction. Et quand en plus ça n'est pas qu'un seul ou quelques élèves mais une classe entière qui s'y met, ça ne peut que forcer le respect devant tant de courage et de détermination à passer pour des ânes.

Illustrons nos propos.
Pour cela remontons quelques jours en arrière - deux semaines précisemment - au jeudi de la semaine de la rentrée, pour retrouver la classe de 4A - je ne crois pas avoir déjà parlé de cette classe ni de ses deux 'cas', l'un se calmant, l'autre étant d'un fort beau gabari, mais cela ne saurait tarder bien longtemps.
Nous sommes donc jeudi matin, première heure de la journée, et j'essaye tant bien que mal d'intéresser mes 19 apprenants avides de savoir - savoir l'heure qu'il est, savoir combien de temps il reste, savoir ce que pense ses voisins de table de ses occupations de la veille ... - lorsque je commet l'impensable: j'ose interroger la classe, en espérant qu'au moins l'un d'entre eux me répondra, sur l'énoncé d'un théorème vu précédemment dans le cours.

Un ange passe, comme on dit.

Au moment où il allait repasser, j'ai interrompu ce silence - dont j'aurai bien aimé pouvoir profiter encore quelques secondes, c'est tellement rare - par ce qui n'est pas la phrase préférée des profs, malgré ce que croient les élèves:
"sortez une feuille, une moitité suffira, interrogation écrite flash-éclair et écrivez moi les énoncés des deux théorèmes du cours"
Arrivés à ce point du récit, il est important de préciser le contenu de la leçon: un premier théorème de deux lignes, un exemple de trois lignes et
demi, un deuxième théorème de deux lignes et un deuxième exemple de quatre lignes. Ona déjà vu plus chargé... Ils avaient donc en tout et pour tout, en sautant une ligne entre les théorèmes et en écrivant gros, six lignes à écrire en 3 minutes, soit approximativement cinq fois plus de temps que nécessaires, pour peu qu'on ait appris sa leçon.

En ramassant leurs feuilles, j'ai déjà pu me faire une première idée de l'étendue des dégâts, et je leur ai donc passé une première couche de savon enrichi aux réprimandes et autres menaces de représailles notées.
La correction ne fit que confirmer mon impression: note sur cinq, 2,5 pts par théorème correctement cité: 2 élèves à 2,5/5 et le reste à 0.

Je les retrouve donc le lendemain, leur passe une deuxième couche d'entrée et histoire de parfaire le tout, leur remet un contrôle qui consiste à résoudre deux petits exercices qui sont à peu de choses près les deux exemples du cours.
Là où un élève normalement constitué et en pleine possession de ses moyens - même si pour certains ça ne leur laisse pas grand chose en main - se serait dit: "le prof nous a coincé aujourd'hui donc je vais apprendre la leçon pour demain comme ça cette fois pas de problème..." eux ont dû se dire "Il nous a fait un contrôle aujourd'hui donc yen aura pas demain, pas la peine d'apprendre". En effet après correction des-dits contrôles, la moyenne s'établit à un magnifique 1,5/10 - le coup de grâce ayant été porté par un des élèves qui, juste après avoir rendu sa feuille, se vanta le sourire aux lèvres de ne pas avoir appris sa leçon...
Troisième couche...

Heureusement le week-end est là...

Je les retrouve donc le lundi matin, et ayant décidé de pousser le bouchon un peu plus loin, leur redonne exactement le même contrôle qu'ils avaient eu le vendredi. J'ai dû attendre trois bonnes minutes avant qu'un des élèves ne me fasse remarquer qu'il avait déjà fait ce contrôle.
Quatrième couche à la fin du contrôle, et bilan: 2,8/10 de moyenne.
C'est sûr, ils ont fait mieux que la première fois, enfin si on peut encore appeler ça 'mieux'...

Pour la cinquième et dernière couche, il aura simplement fallu attendre le lendemain, et la réunion parents/profs de 4e, qu'aucun élève de 4A n'a dû oublier, tout comme je n'oublierai pas leurs visages se décomposant petit à petit quand je parlai de ces petites mésaventures à leurs parents et que je leur montrai leur contrôle de la veille dont ils ne connaissaient pas encore les résultats. Sadique, moi ? Nooooon.

Il semblerait que cette petite semaine de bataille ait finalement porté ses fruits puisqu'au dernier devoir d'une heure, j'ai enfin pu mettre des notes supérieures à 13/20 et la moyenne de la classe pour un devoir a enfin dépassé 10/20.

Pourvu que ça dure ...

mardi 14 novembre 2006

35h? Pourquoi pas ....


Cette période de rentrée va pouvoir donner matière à diverses notes ici-même, les réunions parents-profs battant leurs pleins, ainsi que les conseils de classe dans moins d'un mois maintenant.
Mais je n'en parlerai pas encore aujourd'hui, puisqu'une grande nouvelle est tombée ces derniers jours: je ne travaille que 17 heures par semaine ! Ca c'est du privilège quand même !

Mais alors il faudra rectifier deux trois petits détails, oh pas grand chose, mais il faudra le faire quand même...
Par exemple, les textes officiels ont toujours crû qu'un professeur certifié faisait 18h d'enseignement par semaine, il faudra penser à corriger ce nombre, ça ne fait pas très sérieux.
D'autre part, cette semaine j'ai deux réunions parents-profs qui vont durer 2h30 chacune, de 17h à 19h30, il ne me reste donc plus que 12h de travail à faire. J'ai en plus donné plusieurs petits contrôles aujourd'hui, et j'ai mis environ 1h30 à les corriger; plus que 10h30. Sachant qu'en plus j'ai fait 6h de cours aujourd'hui, il ne me reste plus que 4h30 à travailler cette semaine. En voila une bonne nouvelle: sur les 12h30 de cours qui me restent à faire cette semaine, j'en aurai 8 en heures supplémentaires finalement - ou alors je suis en week-end jeudi matin, au choix peut-être...

Ah! on me fait dire dans l'oreillette que ce n'est pas comme ça que ça marche.
Bon alors ces 17 18 heures - on va arrêter là le délire - de travail par semaine, ça comprend quoi ? Sachant que j'ai déjà 18h de cours à assurer en présence des élèves, ça veut dire que, sorti des cours en classe, je n'ai plus rien à faire d'autre de la semaine ?
Eh bien alors il va falloir que je trouve quelqu'un pour qui se sera son travail de préparer les contrôles, corriger les contrôles, préparer les cours, aller aux différentes réunions (parents-profs, rendez-vous pris par/avec/pour les parents ponctuellement, conseils de profs, conseils de classe, conseil d'administration, réunion du bureau du F.S.E., préparation de devoirs inter-établissement - notamment le brevet -, réunions et formations diverses et variées dont le seul point commun est d'avoir lieu le soir après 17h, ...)

Comment? Ca fait aussi partie de mon travail et de ce pourquoi je suis payé ? Mais on m'a pourtant tout récemment dit que je ne travaillais que 18h, ca ne fait plus le compte, là, on est largement au dessus!

Dans tous les cas, il va quand même falloir se mettre d'accord: je travaille combien de temps par semaine moi, finalement ?
Ca tombe bien, une étude publiée dans une note d'information du ministère répond à la question:
Une enquête de la Direction de la programmation et du développement a permis d'’appréhender le temps de travail des enseignants à temps complet : ils exercent, en moyenne, 39 heures 47 par semaine, dont 20 heures 27 hors enseignement.
On y apprend également que les préparations de cours prennent en moyenne 7h40 par semaine et la correction des devoirs 6h10, et 1h59, qu'on va dangereusement arrondir à 2h, sont consacrées au suivi des élèves et aux parents de ces derniers, et que les profs travaillent en moyenne 19 jours - soit quasiment trois semaines - pendant leurs vacances.
Les 17h(sic!) de travail par semaine sont déjà (très) loin derrière ...

Amusons-nous maintenant - si, si, c'est amusant! - à imaginer ce qui se passerait avec 35h de travail à faire au collège, au lieu des 18h actuellement.
On a dit qu'un prof travaillait en moyenne 39h47 par semaines; moins 18h de cours, égal 21h47 de travail qui ne sont pas faits en présence des élèves. Il n'y a a priori aucune raison à ce que ce nombre d'heures "hors présence d'élèves" soit moins important avec 35h passées au collège qu'avec 18h, le travail demandé de préparation, de correction, de suivi étant le même - voir au même sûrement plus important. Mais on va être arrangeant, on va supposer qu'on peut se débrouiller dans la semaine pour faire au collège 5h de ce travail - il suffirait pour cela de corriger les copies pendant les récréations et de manger en dix minutes, c'est donc parfaitement faisable...
Il reste donc 16h47, qu'on va, dans une infini bonté qui nous perdra assurément, arrondir à 16h de travail 'hors collège'.
35h + 16h = 51h de travail par semaine, soit 204h dans un mois. Tous calculs faits - juste une division en fait -, cela revient dans mon cas à une heure de travail à 8,27€ brut, ce qui se trouve être, au centime près, le montant du SMIC cette année. Triste coïncidence ...

Alors bien sûr on enrobe tout ça d'une justification à portée humanitaire, limite humaniste, dans l'intérêt et le bien-être de ces chères têtes blondes, pour qui le collège est un obstacle dans leur prodigieuse et assurée ascension vers les sommets de la connaissance. A les entendre on en viendrait presque à verser une larme, tiens.
Il faut en effet savoir qu'au lycée il n'y a pas ce problème de difficultés qui pose problème au collège, non, non, c'est absolument propre au collège... Et les TZR ils vont faire comment? Aura-t-on à faire un total de 18 heures parce qu'on sera considérés comme profs en lycée ou 35h parce qu'on sera en collège ? Devra-t-on faire 18h en lycée et 35h-18h=17h en collège à côté ? Déjà qu'avec 18h hebdomadaire, certains se font balader entre 3 collèges différents dans la semaine, ça ne peut que laisser augurer du meilleur avec 35h ...

Bref, et pour conclure - parce qu'il faut bien conclure à un moment - passer à 35h de travail hebdomadaire pour les profs de collège serait finalement une bonne chose: ça ferait toujours 4h de moins à travailler qu'actuellement ...


L'âne porte la charge, mais non la surcharge. (proverbe occitan)