le colonel moutarde avec le chandelier dans la bibliothèque... euh non, je me suis trompé...

Il y a quelques jours s'est tenu la première commission permanente de l'année - qui se trouve aussi être la dernière avec les anciens membres de celle-ci, la nouvelle composition allant bientôt être désignée.
Je n'ai pas eu la chance d'y assister, mais j'en ai malgré tout eu quelques échos qui sont toujours dans la droite ligne de ce qu'on peut attendre de nos chers géniteurs d'apprenants qui font tout ce charme si particulier à ce petit collège qui sans ça aurait pû être un petit collège rural tranquille. Eh oui, cette commission permanente siègent des parents d'élèves et peuvent ainsi nous faire part des dernières trouvailles des méandres obscurs de leurs organes pensants intra-cranien - j'imagine que c'est comme cela qu'on doit appeler un 'cerveau' dans le langage qui veut qu'un stylo soit 'un outil scripteur'...

Et en effet, si les débats ne furent pas si intenses qu'escomptés - peut-être parce qu'un seul parent d'élève, mais pas des moindres, était présent - ils en valaient tout de même le coup de capteur visuel; d'oeil, pardon.

Après avoir présenté les différents indicateurs du niveau global de l'établissement qui sont en vrac, et en en oubliant: réussite au DNB (Diplome National du Brevet - ca s'appelle comme ça maintenant), orientation en 2nde, taux de redoublement, résultats des évaluations en 6e... tous ces indicateurs tirant magnifiquement vers le rouge flamboyant, comme s'il était encore besoin de se persuader de la nullité des élèves, les causes furent rapidement cherchées à défaut d'en avoir des solutions.

Milieu social des familles, situation familiale et/ou financière difficiles pour certains parents, isolement - on est à la campagne quand même - auraient pu constituer des débuts d'explications.

Mais c'était sans compter sur le génial esprit d'analyse de cette mère d'élève pour qui la solution ne faisait plus aucun doute:
Le coupable, ou plutôt les coupables, sont : les enseignants du primaire.
Ce sont eux qui dégradent ces pauvres enfants qui avaient pourtant tous devant eux une brillante carrière d'ingénieur. Et inutile de continuer à parler de milieu social, de moyens financiers ou de situation familiale, ça n'a absolument rien à voir on vous dit! Il est évident qu'un enfant unique dans une famille de cadres dans une ville a autant de chances qu'un enfant avec deux ou trois frères et soeurs, vivant dans un coin perdu de la campagne, avec un seul de ses parents pour s'occuper d'eux. C'est un fait établi, pas de discussions possible, voyons...

Et lorsque ces mêmes enfants sont nuls en primaire, ça doit être la faute aux enseignants de maternelle; et lorsque les enfants sont nul en maternelle, ah bah non, c'est impossible, puisqu'avant ce sont les parents qui sont sensés s'en occuper et lorsqu'ils les laissent à l'institution scolaire, ce sont bien évidemment tous des génies en devenir...

La mère crut toutefois bon d'ajouter qu'elle ne parlait evidemment que de ce qu'elle connaissait, et donc ne parlait que du collège.
Remarquez, si elle n'avait du parler que de ce qu'elle connaissait, elle n'aurait sans doute rien dit et on serait passé à côté de ça, ça aurait été dommage...

La commission s'est ensuite terminée par son départ, où, suivant son raisonnement, elle ne dit pas un mot - elle ne devait sans doute pas connaître les formules de politesses telles que 'bonsoir' ou 'bonne soirée' et n'avait donc rien dit, et a finalement dû comprendre que les conditions n'étaient plus les mêmes que les années passées lorsque la chef lui envoya un 'bonne soirée' lourd de sens alors qu'elle était en train de franchir la porte.


De tous ceux qui n'ont rien à dire, les plus agréables sont ceux qui se taisent.
(Pierre Desproges)