lundi 9 octobre 2006
Théorème n°2: 1+1 = 2
Evident me direz-vous...
Mais nous allons aujourd'hui montrer une version particulière de ce théorème.
Que se passe-t-il en effet lorsque l'on met ensemble 1 élève avec des problèmes psychologiques et familiaux lourds et 1 élève avec un handicap physique qu'elle n'accepte pas et une situation familiale pas évidente ?
Réponse: 1 + 1 = 2 doigts coincés dans une porte.
Attaquons nous maintenant à la démonstration de ce fait.
Remontons quelques heures en arrière, il est 15h45, et je vais récupérer 27 apprenants en début de cycle central - des élèves de 5e quoi - pour leur dernière heure de la journée. Je sais déjà plus ou moins à quoi m'attendre puisque leur prof principal qui se trouve être leur prof d'anglais était arrivée en salle des profs en soufflant et en lachant un
"et ben les 5B ils sont chauds"
ce qui remplace avantageusement
"les 5B heureusement que je les ai eu qu'une heure sinon j'aurai bien réussi à en dézinguer quelques uns ou à les incruster dans le mur. Toi qui les récupère maintenant en dernière heure tu vas certainement passer l'une des meilleures heures de ta carrière..."
Et sur ce point là, cette heure fut effectivement une des plus intenses que j'ai eu l'occasion de vivre...
Je récupère donc dans la cours 27 élèves rangés approximativement et dont une est en larmes parce qu'on l'avait poussé contre un casier, ca commence bien...
Passons sur le début du cours où ils sont bruyants et mettent un temps fou pour sortir leurs affaire pour arriver au moment où en ayant marre du bruit, je les menace d'exercices supplémentaires notés - c'est-à-dire juste après qu'ils aient sorti leurs affaires.
Les deux élèves en question, appelons-les C et E, s'étant déjà fait remarquer à plusieurs occasions depuis le début du cours et à de nombreuses reprises les cours précédents, je finis par déplacer E là où il ne pourra plus amuser les autres ni discuter.
J'attrape donc sa table avec ses affaires dessus et la colle contre le mur juste à côté du tableau et invite amicalement E à rejoindre sa table. Et c'est alors que je réalise: juste derrière la table se trouve... le piano (électrique et débranché, heureusement) puisque je suis dans la salle de musique. Le mal était déjà fait, ce cher E était déjà en train de chantonner en pianotant de bon coeur sur les touches du piano.
Heureusement, étant juste à côté de moi, quelques coups de pieds dans sa table suffisaient parfois à le faire arrêter ses âneries - parfois....
Quelques minutes plus tard, c'est au tour de C d'être déplacée avec sa table au milieu de l'allée, puisque ses ricanements, ses réflexions insolentes, et le fait que je sois obligé de lui demander toutes les 5s d'arrêter de se retourner et de discuter commençaient quelque peu à m'agacer gentiment.
Malgré tout, elle continuait à se retourner pour compter (quoi? je ne le saurai sans doute jamais) et répondait toujours à mes remarques par des petits bruits ou des ricanements stupides. J'avais donc décidé, dans le but d'engager la conversation et de me faire comprendre d'elle - puisque mes tentatives précédentes avaient échoué - de lui répondre de la même façon et sur le même ton, ce qu'elle ne sembla pas apprécier.
Les élèves finirent d'ailleurs par me demander pourquoi elle se retournait tout le temps, ce à quoi j'ai répondu:
"j'en sais rien, surement qu'elle est bête puisque je lui demande depuis tout à l'heure et qu'elle comprends pas"
Là elle commença à me dévisager - j'avais réussi à la faire réagir - puis la regardant :
"à moins que tu aies une autre explication? moi je vois pas, j'essaye de comprendre, mais j'y arrive pas..."
C'était sans doute la goutte qui fit déborder le vase puisqu'elle attrapa d'une main son sac, pendant qu'elle rangeait ses affaire de l'autre et ma lança:
"Ca va? vous en avez d'autres des réflexions comme ça? Vous arrêtez pas de vous payer ma tête devant toute la classe, vous trouverez quelqu'un d'autre moi je me casse..."
et sur ce, elle se dirigea vers la porte et commença à l'ouvrir.
Il faut savoir qu'avant ça, elle avait gagné une exercice supplémentaire puis un mot sur son carnet, pendant que E, toujours entre le tableau et le piano, continuait à s'amuser, à parler à haute voix au mur, et à jouer sur le piano.
C était donc devant la porte, entrouverte, prête à sortir de la salle lorsque j'ai repoussé la porte après l'avoir rattrapé. Pas de chance, entre la porte et le montant se trouvaient justement à ce moment là deux de ses doigts.
Elle a finalement re-rejoint sa table et s'est enfin mise à faire semblant de travailler - jusque là elle n'avait pas pu puisqu'elle n'avait pas de feuille et avait arraché toutes les feuilles (?) de son cahier de brouillon - pendant que ses doigts enflaient doucement mais surement.
Dix minutes plus tard sonnait la fin de la journée - ouf! - et je prévenais C qu'il fallait de toute façon aller voir la chef pour lui signaler l'incident - ce qui ne semblait pas la réjouir spécialement, vu ce qu'elle avait fait avant - et ce à propos de quoi E lui avait conseillé:
"N'y va pas il (le 'il' c'était moi, j'étais à un mètre de lui quand il a dit ça devant toute la classe) va en profiter pour dire que ton comportement était pas bien et il va t'enfoncer"
Bref elle a vu la chef, j'ai revu la chef ensuite pour lui expliquer le problème complétement, et C s'en sors - pour l'instant - avec un mot sur son carnet, une heure de colle la semaine prochaine - tout comme E d'ailleurs -, et une convocation chez la chef demain... on verra bien s'il y a réaction de l'élève ou des parents.
Conclusion: 1 + 1 = 2, et peut-être même bientôt encore plus...





